Le manuscrit qui voulait devenir livre

C’est l’histoire d’un manuscrit tout poli, bien écrit et prêt à partir à l’aventure. Il avait un humain domestique qui avait pris bien soin de lui au cours des derniers mois et il avait envie de prendre son envol. Mais il ne savait comment faire ni à quelles saintes se vouer.

On lui demanda tout d’abord s’il préférait laisser le champ libre à un autre type d’humain domestique, appelé Éditeur, celui à compte d’éditeur. Celui-ci l’aurait alors pris sous son aile, après s’être assuré que le manuscrit répondait à certains critères : pertinence, ligne éditoriale, potentiel d’édition. Le manuscrit serait alors passé entre plusieurs mains expertes : une réviseuse professionnelle, un graphiste pour la mise en page et la typographie, un correcteur d’épreuves et plusieurs autres. On aurait en échange de ses bons et loyaux services, un pourcentage sur les ventes.

Ensuite, il lui fut demandé s’il préférait garder sa liberté en payant pour les services linguistiques, graphiques et marketing, mais en gardant l’intégralité de sa personne et de ses droits. Il lui était alors possible d’aller voir un Éditeur à compte d’auteur-trice ou de continuer à faire confiance à son humain domestique pour autopublier.

Chaque choix avait ses avantages et ses inconvénients.

Pour le premier, même s’il n’obtenait qu’une somme partielle de la vente, il aurait été entouré de plein de professionnel-les plus talentueux-ses les un-es que les autres, se faisant chouchouter de tous côtés. Il aurait été bichonné, mais également remanié. Cela lui faisait peur. Peur de perdre son identité, peur d’être arnaqué, peur de ne jamais être rentable. Mais il était rassuré de savoir qu’à chaque étape, il aurait quelqu’un pour répondre à ses questions, qu’il n’aurait pas à se préoccuper de savoir où trouver lea bon-ne pro pour l’aider, de faire une mise en marché fastidieuse. Et surtout, il était heureux de ne pas avoir à débourser un centime pour la vente de son livre.

Pour le second, d’aucuns l’avaient mis en garde, car la facture pouvait vite grimper avec l’Édieur à compte d’auteur. Il fallait bien lire chaque clause du contrat et parfois demander à un Avocat de l’aider à démêler le vrai du faux, les frais cachés, les frais réels et quel serait sa juste part. Il voyait la facture grimper, mais se rassurait en se disant que 100% des droits lui reviendraient… ou peut-être pas. Payer moins cher contre une partie des droits ou payer plus cher, mais en en gardant plus. Son humain domestique semblait également un peu perdu, mais ils avaient confiance l’un en l’autre.

Pour le troisième, c’était un peu comme se jeter dans le vide. Partir de lui-même sans savoir vraiment ou aller ni vers qui se tourner. Mais être tellement fier une fois le chemin accompli. Le manuscrit et son humain se sentaient pousser des ailes à chaque nouvelle étape franchie. C’était grisant. C’était l’inconnue, tout en gardant la maîtrise de soi-même.

Le manuscrit se rendait compte qu’il n’y avait pas vraiment de bonne réponse à son questionnement. Ce qu’il savait c’est qu’il fallait bien choisir de qui l’on s’entoure, de faire attention aux clauses, aux frais, aux étapes. Ce qu’il voulait c’est devenir un livre, dont une personne tournerait les pages et savourerait la prose. Il savait qu’il y arriverait coûte que coûte et avait bien l’intention quoiqu’il arrive de brûler les planches.